Manuel pour l'evaluation des competences fondamentales en lecture (2009) - 2

 

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Manuel pour l'evaluation des competences fondamentales en lecture (2009) - 2

 

 

« Matthieu » (Stanovich, 1986) conduit à une augmentation dans le temps des différences
en fonction du niveau initial de vocabulaire. Comme pour la compréhension, des
suggestions sont présentées dans l’Annexe B (voir la Section 1).
La lecture est acquise en phases successives
Pour Seymour (1997), la lecture est acquise en phases successives, sur la base de deux
procédures: une procédure logographique par laquelle les mots sont reconnus à partir
d’indices visuels globaux et/ou locaux; et une procédure alphabétique par laquelle les
mots sont décodés séquentiellement, les lettres ou groupes de lettres (les graphèmes)
étant mis en relation avec les sons du langage oral qui leur correspondent (les phonèmes).
Selon ce modèle (Tableau 2), les compétences de base (capacités de décodage séquentiel
des mots basées sur les capacités d’analyse phonémique) sont acquises avant les
compétences plus complexes (par exemple, utilisation d’une procédure morphographique
basée sur les capacités d’analyse morphémique).
Tableau 2. Modèle à double fondation de l’apprentissage de la lecture42
1ère phase
Procédure
Procédure
Capacités d’analyse
logographique
alphabétique
phonologique
Mémorisation de la forme globale des
Décodage séquentiel: Mise en relation des
Petites unités
mots à partir d’indices visuels (leur
lettres ou groupes de lettres (les graphèmes)
(graphème-
longueur) et/ou d’indices graphiques
avec les sons du langage oral qui leur
phonème)
locaux (leurs premières lettres).
correspondent (les phonèmes)
Procédure
Larges unités (rime,
2e et 3e
phases
orthographique
syllabe)
Procédure
Larges unités
morphographique
(morphème)
Les données de la littérature suggèrent en effet que les relations entre capacités d’analyse
phonémique et lecture sont plus fortes au début de l’apprentissage que plus tardivement,
l’inverse étant observé pour les capacités d’analyse morphologique.43 Cela peut
s'expliquer par le fait que la conscience phonémique est cruciale pour la compréhension
du principe alphabétique, et donc surtout pour les lecteurs débutants.
42 Seymour (1997).
43 En anglais : Carlisle (2000) ; Mahony, Singson, & Mann (2000) ; Singson, Mahoney, & Mann (2000) ; en
français : Casalis & Louis-Alexandre (2000) ; Casalis, Colé, & Sopo (2004).
26
Section III : Cadre conceptuel et base de la recherche
En outre, les lecteurs débutants utilisent surtout une procédure alphabétique. Ils ont donc
des difficultés pour lire les mots irréguliers (comme « sept », qui a un « p » muet), qui ne
peuvent pas être correctement lus en utilisant les correspondances graphème-phonème.44
Les études longitudinales indiquent aussi que la maîtrise du décodage est le sine qua non
de l’apprentissage de la lecture, les bons décodeurs précoces étant les enfants qui font les
progrès les plus rapides, y compris en lecture de mots irréguliers.45
En ce qui concerne la prise en compte des morphèmes en lecture (généralement conçue
comme étant un des signes de l’utilisation de la procédure orthographique, et non comme
constituant une procédure spécifique de lecture), il a été relevé que les enfants utilisent
ces unités quand ils lisent46 mais jusqu'à un âge relativement avancé cela dépend de la
transparence de l’orthographe: les mots dérivés transparents (comme « voler » dérivé de
« vol ») étant mieux traités que ceux qui sont opaques (« brune » dérivé de « brun », la
prononciation de la voyelle n’étant pas la même dans les deux cas). Ce résultat est
compatible avec le modèle de Seymour. De même, les unités syllabiques seraient utilisées
en tant qu’unité de traitement uniquement par les lecteurs les plus âgés et/ou les plus
compétents,47 ce qui est aussi compatible avec le modèle de Seymour.
Un des points de ce modèle qui, par contre, a été fortement critiqué est sa double
fondation. En fait, les stratégies alphabétiques seraient utilisées dès les débuts de
l’apprentissage de la lecture, en particulier quand la langue a une orthographe plus
régulière que celle de l’anglais. Certaines données permettent toutefois de penser que,
même en anglais, les stratégies logographiques ne seraient que peu utilisées ou, tout au
moins, seraient peu productives.48
Ces résultats ont des implications pour EGRA, qui est supposé s’adresser à des lecteurs
débutants. Les évaluations devraient en effet se concentrer sur la procédure alphabétique,
avec quelques ouvertures sur la procédure orthographique. Ainsi, les mots utilisés dans
les tests devraient majoritairement être réguliers sur le plan des correspondances
graphème-phonème (CGP). Une suggestion est proposée en annexe (voir la Section 3 de
l’Annexe B, voir aussi la Section 4 pour une liste de pseudomots appariés aux mots sur
différents critères). La question de la régularité des CGP, et de l’incidence de cette
régularité sur l’apprentissage de la lecture est examinée dans la section suivante.
44 En anglais : Manis, Custodio, & Szeszulski (1993) ; Siegel & Faux (1989) ; en français : Sprenger-Charolles,
Seigel, et al. (1998) ; Sprenger-Charolles, Siegel, et al. (2003).
45 Pour des synthèses, voir : Share (1995) ; Sprenger-Charolles, Colé, et al. (2006) ; voir aussi « Décodage et
automaticité de l’identification des mots. »
46 En anglais : Feldman, Rueckl, DiLiberto, Pastizzo, & Vellutino (2002) ; Laxon, Rickard, & Coltheart (1992) ; en
français : Colé, Sprenger-Charolles, Siegel, & Jimenez-Gonzales (2004).
47 Colé, Magnan, & Grainger (1999). Le recours aux syllabes dépendrait toutefois de la langue (Colé, Royer,
Leuwers, & Casalis, 2004), les enfants anglais ayant moins recours à ces unités que les enfants français et espagnols,
probablement parce que les frontières entre syllabes sont peu claires en anglais.
48 Voir pour une synthèse : Share (2008). Pour des résultats en français, voir Sprenger-Charolles & Bonnet (1996);
pour des résultats en anglais, voir : Ehri & Wilce (1985) ; Laing & Hulme (1999) ; Stuart & Coltheart (1988).
Section III : Cadre conceptuel et base de la recherche
27
Incidence de la transparence de l’orthographe
Un des résultats majeurs des recherches récentes est que l’opacité de l’orthographe d’une
langue a une incidence sur l’apprentissage de la lecture.49 Or, la plupart des données sur
la lecture proviennent d’études effectuées en anglais, langue qui a une orthographe très
opaque.
Quelques données statistiques
La forte opacité de l’orthographe de l’anglais par rapport au français ressort d’une
comparaison qui a porté sur les monosyllabiques qui commençaient et se terminaient par
une consonne dans ces deux langues (environ 3500 mots anglais et 1800 mots français).
Pour la lecture, les calculs ont pris en compte la proportion de mots contenant une unité
orthographique ayant une prononciation donnée par rapport au nombre total de mots
contenant cette unité (par exemple, par rapport au nombre total de mot contenant « ch »,
combien de fois « ch » se prononce comme dans « cheval »). Ces calculs ont été effectués
pour la consonne ou le groupe de consonnes en début de mot, pour la voyelle, et pour la
consonne ou le groupe de consonnes en fin de mot ainsi que pour les rimes. Les mêmes
calculs, en sens inverse, ont été faits pour l’écriture.
Tableau 3. Consistance (%) en anglais et en français pour la lecture
(orthographe-phonologie) et l’écriture (phonologie-orthographe)50
Lecture: orthographe-phonologie
Ecriture: phonologie-orthographe
Unité
Anglais
Français
Anglais
Français
Consonne(s)-Début
95
95
90
99
Voyelle(s)
48
94
67
68
Consonne(s)-Fin
96
97
50
58
Rime (Voy+Cons)
91
98
67
58
Les résultats (Tableau 3) confirment que l'anglais se caractérise par une faible consistance
de l’orthographe pour la lecture, particulièrement pour les voyelles. Toutefois, la
consistance de la prononciation des voyelles anglaises double lorsque la rime du mot est
prise en compte,51 ce qui n’est pas relevé en français ou la consistance des voyelles
isolées est déjà très forte. Cela permet de comprendre pourquoi l’utilisation des rimes
49 Pour des synthèses, voir : Share (2008) ; Sprenger-Charolles, Colé, et al. (2006) ; Ziegler & Goswami (2005 et
2006).
50 D’après Peereman & Content (1998).
51 Voir Treiman, Mullennix, Bijeljac-Babic, & Richmond-Welty (1995) pour des données comparables. Pour une
rapide description du système orthographique et phonologique du français, de l’anglais et de l’espagnol (ainsi que de
l’allemand), voir Sprenger-Charolles, Colé, et al. (2006).
28
Section III : Cadre conceptuel et base de la recherche
(cat, bat, hat; low, row, flow; deep, jeep, sleep; night, fight, hight…) peut faciliter
l’apprentissage de la lecture en anglais, pas en français.
Par contre, la consistance de l’écriture est faible, particulièrement en français pour les
voyelles et les consonnes de fin de mot. Le premier résultat est dû au fait que plusieurs
graphèmes permettent de transcrire un même phonème. Ainsi, alors que « peau » ne peut
se lire que /po/, il est possible d’écrire la voyelle qui correspond à /o/ avec au moins 8
graphèmes différents.52 Le second provient de ce que les marques morphologiques de fin
de mot, comme « d » et « t » par exemple, sont le plus souvent muettes. Or pour écrire
correctement les mots « grand », « rond », « blond » versus « petit », « chat », « lent », il
faut savoir que les uns se terminent par « d » et les autres par « t ».
D’après des données portant sur un corpus plus représentatif (environ 50.000 mots
présents dans les manuels scolaires du primaire, cf. Annexe D353), la consistance des
correspondances graphème-phonème est d’environ 90% pour les consonnes et les
voyelles en français. Toutefois cette consistance est très faible pour les semi-consonnes
(45%),54 qui ne constituent que 15% des occurrences de ce corpus dans lequel les
consonnes prédominent (49% vs 36% de voyelles). De plus, ce résultat s’explique quasi
uniquement par le « yod » (le son /j/ au début du mot « yeux »), qui est transcrit par trois
principaux graphèmes, tous ambigus: « i » (« pied » /j/ vs « ville » /i/), « y » (« yeux » /j/
vs « type » /i/) et « ll » (« fille » /j/ vs « ville » /l/).
Etudes comparatives entre enfants anglophones et francophones
On peut supposer que l’acquisition des compétences de base du modèle de Seymour va
s’effectuer à un rythme plus lent dans les langues qui ont une orthographe opaque.
Plusieurs études permettent de soutenir cette hypothèse. C’est le cas d’une étude qui a été
effectuée dans 16 pays européens (13 langues) : Allemagne, Danemark, Espagne, France,
Grande-Bretagne, et Portugal, entre autres. Excepté pour l’anglais et le français, seuls des
enfants en 1ère année d’apprentissage de la lecture ont été évalués, les anglophones de 2e
année ayant à peu près le même âge que les enfants français et espagnols de 1ère année (6
ans et demi).55 En lecture de mots, les anglophones de 2e année forment un sous-groupe
avec les danois, les portugais et les français de 1ère année. Par contre, en lecture de
pseudomots, ils ont des scores inférieurs à ceux de tous les enfants de 1ère année, sauf les
Danois. Ces résultats sont d’autant plus remarquables que les anglophones de cette étude
52 « o », « ô », ‘oo », « ot », « ôt », « au », « aud » et « aut », comme dans « auto », allô, « alcool », « pot », « tôt », «
chaud » et « haut ».
53 Voir Lété, Sprenger-Charolles, & Colé (2004) pour la fréquence lexicale. Voir Peereman, Lété, & Sprenger-
Charolles (2007) pour les données sur la fréquence des unités sous-lexicales ainsi que les Annexes D1 et D2
(fréquence des lettres et des phonèmes).
54 Il y a en français 3 semi-consonnes (parfois appelées semi-voyelles, parce qu’il s’agit de phonèmes entre
consonne et voyelle) : le « yod » (qui s’écrit « y » dans « yeux », « i », dans « ciel » et « ll » dans « fille »), le /w/ de
« oi » (/wa/) et de « oin » (wî), plus le phonème qui correspond au graphème « u »de lui.
55 Seymour et al. (2003). Les enfants ont eu à lire des mots « plein » (voir et femme en français ou high et boy en
anglais) et des mots « fonction » (donc, alors en français ou them, about en anglais) ainsi que des pseudomots soit
monosyllabiques, soit bisyllabiques.
Section III : Cadre conceptuel et base de la recherche
29
avaient un niveau de lecture supérieur aux normes nationales et étaient issus de milieux
socio-économiques plutôt favorisés.
Dans une autre étude, des enfants anglophones et francophones ont été suivis depuis la
grande section, les premiers ayant bénéficié alors d’une sensibilisation à la lecture. A la
fin de la 1ère année du primaire, ces enfants ont eu à lire des mots d’une syllabe réguliers
ainsi que des pseudomots construits en changeant la première lettre des mots. Les scores
des anglophones sont plus faibles que ceux des francophones, la différence entre les deux
groupes étant plus marquée pour les pseudomots (Figure 5, droite). Les mêmes tendances
ont été relevées dans une autre étude, qui impliquait en plus des enfants espagnols
(Figure 5, gauche) ainsi que dans une étude pilote avec EGRA qui a porté sur des enfants
gambiens et sénégalais ayant appris à lire soit en anglais soit en français.56
Figure 5.
Pourcentage moyen de réponses correctes en lecture de mots et de
pseudomots pour des enfants de 7 ans5758
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
Mots
Pseudomots
Mots
Pseudomots
Goswami et al., 1998 (7 ans)
Bruck et al., 1997 (7 ans)
Anglais
Français Espagnol
Sources : Goswami, U., Gombert, J. E., & de Barreira, L. F. (1998). Children’s orthographic representations and linguistic
transparency: Nonsense word reading in English, French and Spanish. Applied Psycholinguistics, 19, 19-52; et Bruck, M., Genesee,
F., & Caravolas, M. (1997). A cross-linguistic study of early literacy acquisition. Dans B. Blachman (Ed.), Foundations of reading
acquisition and dyslexia: Implications for early intervention (pp. 145-162). Mahwah, New Jersey: Lawrence Erlbaum.
Les différences dues à la consistance de l’orthographe ne sont donc pas uniquement
quantitatives puisque les enfants anglophones utilisent plus que les non anglophones leurs
connaissances lexicales pour lire. C’est ce que suggèrent, dans les résultats qui viennent
56 Sprenger-Charolles (2008).
57 Goswami et al. (1998)
58 Bruck et al. (1997)
30
Section III : Cadre conceptuel et base de la recherche
d’être présentés, ceux qui montrent que, par rapport à des non anglophones, les difficultés
des anglophones sont plus marquées en lecture de pseudomots qu’en lecture de mots. .
L’opacité de l’orthographe a aussi un impact sur les unités orthographiques utilisées. En
particulier, dans l’étude précédente qui impliquait des enfants anglais, français et
espagnols, les sujets ont eu à lire des pseudomots qui rimaient ou non avec des mots. La
présence de rimes facilite largement la lecture des anglophones (15% à 20%
d’amélioration), un peu celle des francophones (5% d’amélioration), pas celle des
hispanophones. Cela provient sans doute de ce que l’inconsistance des voyelles anglaises
est réduite quand on tient compte de la rime des mots.
Enfin, en raison de l’asymétrie des relations graphème-phonème et phonème-graphème,
les premières étant plus consistantes que les secondes, surtout en français, on peut aussi
s’attendre à observer une infériorité de l’écriture sur la lecture. C’est ce que suggèrent
certains résultats. Ainsi, alors que les mots réguliers sont rapidement mieux lus que les
pseudomots, particulièrement en français, ils ne sont pas mieux écrits.59 Cela peut
s’expliquer par le fait que les mots réguliers (comme « route ») ne peuvent se lire que
d’une seule façon alors qu’ils peuvent s’écrire de différentes manières (« routte »…), une
seule respectant la norme orthographique. Par contre, il n’y a pas de norme
orthographique pour l’écriture des pseudomots.
Au-delà de ces différences entre écriture et lecture, au début de l’apprentissage c’est
essentiellement une procédure alphabétique qui est utilisée en écriture, comme en
lecture.60 Ainsi, les mots réguliers sont mieux écrits que les mots irréguliers, même quand
ils sont fréquents.61 Afin de pouvoir comparer lecture et écriture, l’épreuve d’écriture
d’EGRA devrait donc surtout comporter des mots réguliers présents dans l’épreuve de
lecture (voir pour une suggestion supplémentaire la Section 9 de l’Annexe B).
Les particularités de l’orthographe d’une langue ont donc une incidence à la fois
quantitative et qualitative sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Il est donc
nécessaire de tenir compte des caractéristiques linguistiques des items utilisés dans les
évaluations, et d’ajuster au mieux le niveau de difficulté des épreuves à la langue dans
laquelle s’effectue l’apprentissage. En plus, dans la mesure où EGRA s’adresse surtout à
des sujets qui apprennent à lire dans une langue qui n’est pas leur langue maternelle, il
faut éviter d’utiliser trop massivement certaines caractéristiques spécifiques à
l’orthographe et/ou à la phonologie de la langue d’apprentissage, par exemple, pour le
français: voyelles nasales, « u » opposé à « ou », « e » muet en fin de mot.
59 En français : Alegria & Mousty (1996) ; Leybaert & Content (1995) ; Sprenger-Charolles, Siegel, et al. (1998) ;
Sprenger-Charolles, Siegel, et al. (2003) ; en anglais : Foorman, Jenkins, & Francis (1993); Lennox & Siegel (1993);
Stage & Wagner (1992).
60 En français : Eme & Golder (2005) ; Leybaert & Content (1995) ; Lété et al. (2008) ; Sprenger-Charolles, Siegel,
et al. (1998) ; en anglais : Foorman et al. (1993) ; Juel (1988) ; Stage & Wagner (1992) ; Waters, Bruck, &
Seidenberg (1985).
61 Voir toutefois Martinet, Valdois, & Fayol (2004).
Section III : Cadre conceptuel et base de la recherche
31
En conclusion
EGRA est largement focalisé sur les compétences nécessaires aux lecteurs débutants,
celles sur lesquelles l’enseignement de la lecture dans les premières années primaires doit
se centrer: connaissance des lettres (et des graphèmes) et de leurs relations avec les
phonèmes, conscience phonémique et acquisition d’automatismes dans les procédures
d’identification des mots écrits. Une fois ces compétences acquises, la focalisation de
l’enseignement va se centrer sur la compréhension, tant au niveau lexical (vocabulaire)
que textuel, compétences qui peuvent et doivent être enseignées et évaluées. Quand les
enfants passent de « apprendre à lire » à « lire pour apprendre », l’ordre des priorités
change. Il n’en demeure pas moins que, dans toute évaluation de la lecture, quel que soit
l’âge ou le niveau scolaire, il est nécessaire d’examiner le niveau d’automatisme des
procédures d’identification des mots écrits (précision et rapidité) ainsi que les capacités
de compréhension écrite des sujets, en contrôlant leur niveau de compréhension orale et
de vocabulaire.
32
Section III : Cadre conceptuel et base de la recherche
IV.
Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
Une fois qu'un ministère ou qu'une autre organisation au sein du pays décide de
commencer le processus d'adaptation et d'application de l'instrument EGRA, la première
étape est d'organiser, dans le pays même, un atelier durant normalement 5 jours
ouvrables, qui a pour objectifs de
donner aux représentants du ministère et aux spécialistes locaux en programmes
et évaluations scolaires les connaissances de base sur les recherches appuyant les
composantes de l'instrument.
examiner les procédures d'obtention des consentements informés et discuter
l'éthique de recherche et le travail avec des sujets humains, plus particulièrement
des enfants.
examiner les composantes de l'instrument et leurs relations avec l'instruction.
adapter l'instrument aux conditions locales en utilisant les directives de
construction des éléments fournit dans ce manuel (y compris la traduction des
instructions de l'instrument ; le développement d'une version dans la langue
locale, le cas échéant ; et la modification des composantes de lecture des mots et
des passages afin d'adéquatement refléter les mots et les concepts locaux et
culturels).
former les superviseurs de terrain pour la supervision du processus
d'administration de l'instrument, y compris l'évaluation de la fiabilité inter-
observateur et les tests préliminaires de l'instrument récemment adapté.
Cette section examine les étapes nécessaires pour préparer et animer un atelier EGRA et
offre un survol des sujets à aborder. Suite à l'atelier, une deuxième semaine de formation
est recommandée pour les enquêteurs et pour effectuer un pilotage de l'instrument (en
équipe de quatre ou cinq par école). La formation des enquêteurs et le travail de terrain
sont discutés dans la Section V.
Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
Le nombre de participants à l'atelier d'adaptation et de recherche sera déterminé par le
nombre d'écoles sélectionnées (consultez l'Annexe E) et la disponibilité du personnel
ministériel pour participer à la fois à la formulation de l'instrument et au travail de terrain
actuel dans les écoles. Il est recommandé de faire appel au personnel ministériel afin de
développer la capacité et d'assurer la durabilité de ces évaluations. Les participants
pourront également inclure des praticiens ne faisant pas partie du ministère : des
professeurs, des enseignants et des experts en développement de programmes scolaires,
en évaluation, en supervision et appui scolaires et, si possible, en langue locale. La
situation idéale est que le personnel ministériel participe au processus complet
d'adaptation et de pilotage (pouvant prendre jusqu'à un mois, selon le nombre d'écoles à
sélectionner). Dans les pays où les membres du personnel ministériel ne sont pas
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
33
disponibles pour cette période de temps, le groupe doit être complété par des superviseurs
de terrain et des enquêteurs engagés à cette fin.
Les superviseurs devraient participer à l’ensemble du processus d'adaptation et de
justification des recherches afin de mieux comprendre les principes sous-jacents de
chacune des composantes de l'évaluation. Si les participants ne sont pas tous disponibles
pour le processus complet d'adaptation, des enquêteurs supplémentaires peuvent assister à
la semaine de formation qui suit cette semaine d'atelier et comprend des pilotages dans
plusieurs écoles pour pratiquer l'instrument et y apporter des modifications finales. Un
nombre d'enquêteurs plus grand que celui nécessaire devrait participer à la formation de
suivi afin de pouvoir sélectionner ceux qui se sont avérés être les plus capables à
administrer l'instrument (ceci est déterminé grâce aux calculs de fiabilité inter-
observateur, voir l'Annexe F).
Les groupes composés de personnel ministériel, de formateurs des enseignants,
d'enseignants retraités et de futurs enseignants offrent un bon mélange d'expérience,
d'enthousiasme et d'énergie, des éléments importants pour le processus d'évaluation.
Alors que le personnel ministériel devrait tout particulièrement être sélectionné selon sa
capacité à contribuer à la formulation et à l'adaptation des instruments EGRA, il est
possible que tout le personnel ministériel ne soit pas sélectionné comme enquêteurs ou
superviseurs. Les deux qualifications les plus importantes d'un enquêteur sont :
La capacité à communiquer d'une manière avenante avec de jeunes enfants.
Etant donné que l'instrument est administré oralement et individuellement, la
qualité et l'exactitude des données dépendent largement de la capacité de
l'enquêteur à encourager et à calmer les élèves afin que leur performance soit la
meilleure possible. Des faux négatifs, lorsque des élèves peuvent donner une
bonne performance mais sont nerveux ou craintifs, peuvent minimiser les
résultats. L'attitude et la personnalité jouent un rôle important et ces deux choses
sont difficiles à modifier lors d'un exercice de formation qui dure 1 à 2 semaines.
Compétences organisationnelles. La seconde qualification importante est la
capacité à gérer plusieurs tâches simultanément, y compris écouter l'élève, noter
les résultats et utiliser un chronomètre ou un minuteur.
Dans le cadre du processus de sélection, les animateurs des ateliers doivent effectuer des
tests de fiabilité inter-observateur en utilisant les enregistrements d'élèves participant aux
évaluations pilotes. Les enquêteurs écoutent et notent l'évaluation et, ensuite,
communiquent leurs scores. Des opportunités supplémentaires de formation et de
pratique devraient être fournies aux enquêteurs dont les scores ont un écart type plus
élevé par rapport à la moyenne. S'ils ne s'améliorent pas, ils ne devraient pas être
sélectionnés pour participer au processus de collecte des données.
L'atelier devrait être animé par une équipe composée de deux experts, au minimum. Le
premier expert, responsable de l'adaptation de l'instrument, du processus de
développement de l'instrument EGRA ainsi que de la collecte et de la saisie des données,
34
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
devrait avoir de l'expérience en matière de recherche sur l'éducation et de formulation
d'évaluations/de tests. Cette expérience devrait comprendre une connaissance de base en
statistique et une connaissance fonctionnelle d'Excel et de logiciels de statistique tels que
SPSS et Stata. Le second expert, responsable de la présentation des recherches sur la
lecture et les processus pédagogiques/didactiques, devrait avoir de l'expérience en
matière d'outils d'évaluation de la lecture et d'instruction. Les deux animateurs de l'atelier
doivent maîtriser les composantes et les justifications de l'évaluation et avoir travaillé
dans divers pays et contextes. Il est également crucial qu’une des personnes ressource
connaisse bien la (les) langue(s) dans laquelle (lesquelles) les tests vont être développés,
et qu'il ne s'agisse pas simplement de natifs, maîtrisant la ou les langue(s), sans aucune
connaissance réflexive sur leur fonctionnement (en particulier, au niveau phonologique,
lexical, morphologique et syntaxique).
Si possible, le soutien logistique (les locaux, les indemnités journalières, les visites
d'écoles, les fournitures, etc.) doit être fourni par une ONG ou une agence locale habituée
à mener des enquêtes dans les écoles locales.
Le matériel pour l'atelier doit comprendre :
Du papier, des crayons avec gommes pour les participants
Des chronomètres ou minuteurs (si possible, trouvez un minuteur de cuisine qui
décompte à partir d'une minute)62
Un projecteur LCD, un tableau blanc et un tableau de conférence (si possible, le
projecteur LCD doit pouvoir projeté une image sur le tableau blanc pour les
exercices simulés de notes)
Photocopies des présentations et des instruments provisoires
Une présentation sur le processus de développement d'EGRA, son objectif, les
utilisations et l'historique de la recherche
Une présentation sur les recherches en instruction de la lecture liées à EGRA
Un exemple du programme de l'atelier d'adaptation et de recherche est présenté dans la
Figure 6.
62 Bien qu'il soit assez cher, le meilleur chronomètre que nous ayons trouvé à cette fin est disponible sur le site des
Indicateurs dynamiques d'alphabétisation fondamentale de base (DIBELS - Dynamic Indicators of Basic Early
Literacy) : http://dibels.com/merch html. Une autre option qui est moins chère est disponible à
http://www.cutleryandmore.com/details.asp?SKU=7499.
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
35
Figure 6.
Exemple de programme : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
Lundi
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi
Présentation
Analyse de
Formation sur
Test
Discussion
des animateurs
l'instrument
l'utilisation de
préliminaire
des résultats
et des
provisoire et
l'application et
dans 2 à 6
participants
du
mise en
écoles
Discussions
questionnaire
pratique
des
Analyse de la
de l'élève
Saisie des
implications
logistique
données
didactiques
Examen de
comme
Analyse du
l'instrument
exercice
Examen de
provisoire
pratique
processus de
l'instrument
développement
provisoire sur
d'EGRA
Réalisation
base des
de tests sur la
résultats
Analyse des
fiabilité inter-
observateur
recherches
sous-jacentes
d'EGRA
Réalisation
d'analyses
simples en
utilisant Excel
Remarque sur la formulation de l'instrument et sur la stratégie de codage
Il existe une préoccupation générale quant aux composantes de l'instrument et aux autres
contributions à sa formulation qui au bout du compte auront un impact important sur le
codage et l'analyse des données. Le problème est que le système de codage des éléments
de l'instrument doit permettre aux enquêteurs de différencier plusieurs types de réponses
semblant similaires. Par exemple, il peut y avoir des situations où (a) la question n'a pas
été posée, (b) l'élève ne connaissait pas la réponse, (c) l'élève n'a pas répondu ou n'a pu
répondre ou (d) la réponse de l'élève était complètement incorrecte (un vrai zéro). Une
erreur courante est de ne pas faire la distinction entre ces situations. Cependant, aucun
ensemble de valeurs universellement valables n'est obligatoire pour ces réponses, aussi de
telles décisions doivent être personnalisées pour l'instrument en cours de développement.
Dans le cadre d'une amélioration continue et d'un processus de raffinement de l'outil
EGRA, RTI a travaillé avec l'ONG nicaraguayenne, CIASES, afin de développer des
systèmes standardisés de saisie des données et de rapports pouvant être adaptés à
l'utilisation dans chaque pays.
Remarque sur l'Ethique de recherche et le Comité d'éthique institutionnel
(IRB)
A titre d'institution de recherche recevant des subventions fédérales, RTI suit les
règlementations fédérales pour mener des recherches respectant l'éthique. Comme il est
noté dans la description du processus donnée par RTI : les comités d'éthique
institutionnels (IRB) doivent être utilisés par toute organisation menant des recherches
avec des sujets humains. Les IRB utilisent un ensemble de principes de base exposés
36
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
dans le rapport Belmont, un rapport publié en 1978 par la Commission américaine pour la
protection des sujets humains de la recherche biomédicale et comportementale, pour
guider leurs examens des protocoles de recherche proposés. Le rapport Belmont expose
trois principes de base :
Le respect de la personne. Les sujets potentiels de la recherche doivent être traités
comme étant des agents autonomes, qui sont capables de considérer les
alternatives, de faire des choix et d'agir sans l'influence indue ou l'interférence
d'autres personnes.
La bienfaisance. Les deux principes de base de la bienfaisance sont : 1) ne pas
faire de mal, et 2) protéger de tout mal en maximisant les bienfaits potentiels et en
minimisant les préjudices potentiels.
La justice. Ce principe éthique nécessite une distribution équitable des fardeaux et
des bienfaits de la recherche.
Pour chaque évaluation réalisée à ce jour, RTI a inclus un consentement verbal pour les
participants aux évaluations. Avant d'administrer l'évaluation, les enquêteurs décrivent les
objectifs de l'étude et informent les élèves du fait que l'évaluation est anonyme,
n'affectera pas leurs notes scolaires et sera utilisée pour améliorer la façon dont les
enfants de leur pays apprendront à lire. Si des enquêtes sur les directeurs d'écoles et les
enseignants sont menées dans le cadre de cette étude, un processus semblable de
consentement écrit est complété. Alors que ce processus de consentement est souvent
inconnu des interlocuteurs locaux, il est souvent bien accueilli par les élèves et les
enseignants qui rapportent un sentiment de responsabilisation en se voyant donner
l'option de participer à l'évaluation. Peu d'élèves et d'enseignants refusent de participer
(dans un cas récent au Nicaragua seulement huit élèves ont refusé de participer sur un
exemple de plus de 6 000 élèves). Dans de tels cas, un autre élève est choisi de manière
aléatoire. Pour de plus amples information sur les IRB et l'éthique de recherche avec des
sujets humains, enfants inclus, veuillez consulter : http://www.hhs.gov/ohrp/faq.html
Examen des composantes de l'instrument
Afin de développer l’ensemble de l'évaluation des compétences fondamentales en lecture
(EGRA), l'équipe de développement d'EGRA a examiné plus d'une douzaine
d'instruments d'évaluations, y compris les indicateurs dynamiques d'alphabétisation
fondamentale de base (DIBELS/ISEL), l'échelle de vocabulaire en images Peabody et les
instruments administrés en Espagne, au Pérou, au Kenya, en Mongolie et en Inde.
L'instrument EGRA intègre également des leçons sur les efforts en cours pour développer
des moyens « plus courts, plus rapides, moins chers » d'évaluer l'alphabétisation (des
adultes) (International Literacy Institute & UNESCO, 2002; Wagner, 2003).
Comme il est mentionné ci-dessus, pour obtenir un retour d'information sur la
formulation initiale d'EGRA, USAID, la Banque mondiale et RTI ont organisé une
réunion d'experts (un résumé des débats et une liste des participants peuvent être trouvés
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
37
sous la rubrique Nouvelles et évènements [News and Events] du site
www.eddataglobal.org ). Suite à cette réunion et à d'autres consultations d'experts, une
évaluation complète des compétences fondamentales en lecture a été développée pour
une application en anglais. L'instrument qui en résulte contient les huit tâches, ou sous-
tests, suivants :
1.
Connaissance du nom des lettres
2.
Connaissance du son des lettres
3.
Capacités d’analyse phonémique
4.
Lecture de mots familiers
5.
Lecture de mots inventés
6.
Niveau de lecture à haute voix et compréhension
7.
Compréhension à l'audition
8.
Dictée.
Chacune de ces composantes a été testée lors des tests pilotes menés en arabe, anglais,
français, espagnol et dans plusieurs autres langues grâce à des initiatives financées, à la
fois, par la Banque mondiale et USAID. Les commentaires des praticiens et des
interlocuteurs locaux ont inclus des demandes de réduction du nombre des compétences
testées dans l'instrument EGRA. Comme il est déclaré ci-dessus, l'un des objectifs de
l'instrument est d'évaluer un ensemble raisonnablement complet de compétences
fondamentales en lecture afin de pouvoir identifier les domaines qui nécessitent une
instruction supplémentaire. Si EGRA ne testait que la fluence orale, les résultats de
nombreux pays à faibles revenus auraient de considérables problèmes d'effets plancher
(c'est-à-dire, que la plupart des enfants des premières années primaires n'auraient pas un
niveau de compétences suffisant que pour permettre une analyse). Par exemple, un élève
moyen de troisième année primaire testé dans un pays africain est en deçà du 10e centile
d'un élève de première année primaire aux Etats-Unis (tous les deux ont été testés en fin
d'année scolaire). Cela indique qu'uniquement effectuer des tests sur le niveau de lecture
à haute voix ne produira pas suffisamment de données pour informer le personnel du
ministère sur les compétences nécessitant (ou non) une amélioration en matière de
compétences qui précèdent la lecture (reconnaissance des lettres, etc.).
Il est également important de remarquer que l'instrument et les procédures présentés ici se
sont révélés être un point de départ raisonnable pour évaluer les compétences
fondamentales en lecture. Les parties qui composent l'instrument ne doivent pas être
perçues comme sacrées. Mais il est recommandé que les variations, qu'elles soient dans
les composantes des tâches ou dans les procédures, soient justifiées et documentées.
Alors que RTI, la Banque mondiale et USAID comprennent que les différents donateurs
et pays adaptent l'instrument à leurs propres besoins, il est important que de tels
changements soient justifiés et expliqués en termes d'objectif et d'utilisation pour
38
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
l'évaluation.63 En outre, étant donné les spécificités de la langue française, décrites dans la
Section III, certaines des composantes de l’instrument ne sont pas identiques à celles de
la version anglaise. Par exemple, la toute dernière version française de l'instrument
EGRA, développée pour le Mali en avril 2009 (voir l’Annexe H), contient une section
intitulée « Identification du son initial » (décrite en page 46, ci-dessous). De plus, cet
instrument contient une tâche intitulée « Connaissance des graphèmes (lettres et groupes
de lettres) » ; examinant tant le nom que le son des graphèmes (voir pages 21; 22 et 23 de
la Section III de ce manuel pour une explication sur l’identification des graphèmes).
Pour une explication détaillée sur la qualité et la fiabilité technique de l'instrument
EGRA, y compris sur les directives pour réaliser des vérifications sur la qualité et la
fiabilité de l'instrument de base, veuillez consulter l'Annexe F de ce manuel.
Pour résumer la méthode d'ensemble de l'évaluation EGRA aux participants de l'atelier,
la Figure 7 doit être partagée avec eux durant l'examen de chacune des composantes
individuelles de l'instrument. Les participants devraient également comprendre la
différence entre (1) l'évaluation des compétences des élèves et (2) les techniques
didactiques pour améliorer la performance des élèves dans ces compétences. C'est-à-dire,
comme il est mentionné ci-dessus, que les composantes du test ne devraient pas être
enseignées aux élèves, mais plutôt que des méthodes didactiques soient développées
selon les résultats d'EGRA. Une explication supplémentaire sur les méthodes didactiques
est disponible dans la Section VII.
Figure 7.
Examen des composantes de l'instrument
Compétence
fondamentale en
Compétence démontrée par la capacité des
Composante
lecture
élèves à :
1.
Connaissance
Reconnaissance des
Donner le nom de lettres (majuscules et
du nom des
lettres
minuscules) présentées en ordre aléatoire
lettres
2.
Connaissance
Capacités d’analyse
Donner le son de lettres minuscules présentées
du son des
phonémique
en ordre aléatoire
lettres
3.
Identification
Capacités d’analyse
Identifier des sons initiaux dans différents mots
des sons
phonémique
initiaux
4.
Lecture de mots Lecture de mots
Lire des mots mono-, bisyllabiques simples et
familiers
fréquents
5.
Lecture de mots Principe alphabétique
Utiliser des correspondances graphème-
63 RTI et ses investisseurs exigent également que ces nouvelles répétitions des instruments soient partagées via le
site d'EdData II (www.eddataglobal.org , sous le lien EGRA) afin que la communauté éducative toute entière puisse
tirer des leçons des résultats. Tous les instruments développés par RTI, jusqu'à présent, sont disponibles
gratuitement sur le site Internet. RTI prévoit que d'autres utilisateurs voudront partager leurs instruments ainsi que
leurs processus d'apprentissage.
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
39
Compétence
fondamentale en
Compétence démontrée par la capacité des
Composante
lecture
élèves à :
inventés
phonème (GPC) pour lire des mots inventés
simples
6.
Niveau de
Niveau de lecture à
Lire un texte (ou une court énoncé)
lecture à haute
haute voix
correctement, sans difficulté, et à une vitesse
voix et
suffisante
compréhension
du texte (ou
d’énoncés)
Compréhension du
Répondre correctement aux différents types de
texte lu
questions, y compris les questions littérales et
inférentielles sur le texte qu'ils viennent de lire
7.
Compréhension Compréhension à
Répondre correctement aux différents types de
à l'audition
l'audition
questions, y compris les questions littérales et
inférentielles sur le texte que l'enquêteur leur a
lu
8.
Dictée
Principe alphabétique
Ecrire correctement et utiliser la grammaire
durant un exercice de dictée
1. Connaissance du nom des lettres
Dans des écritures alphabétiques, le test de connaissance du nom des lettres est l'une des
évaluations les plus élémentaires et les plus fiables de la future réussite (ou du futur
échec) de l’apprentissage de la lecture pour des enfants apprenant à lire dans leur langue
maternelle (Chiappe, Siegel, & Wade-Woolley, 2002). Ce type d’évaluation s'est
également révélé être un indicateur utile pour ceux qui n’apprennent pas à lire dans leur
langue maternelle.
Dans cette évaluation, il est demandé aux élèves de donner le nom (pas le son) de toutes
les lettres possibles, pendant une période d'une minute. L'ensemble complet des lettres de
l'alphabet est classé dans un ordre aléatoire, 10 lettres par ligne, en utilisant une police de
caractères claire, de grande taille et familière (Century Gothic dans Microsoft Word,
par exemple, est la plus semblable à la police standard utilisée dans les manuels scolaires
pour enfants), en lignes horizontales avec chaque lettre présentée plusieurs fois. Les
lettres doivent être sélectionnées selon la fréquence à laquelle elles sont utilisées dans la
langue en question (consultez la Figure 8 pour des données sur la fréquence des lettres en
français et en anglais). La randomisation est utilisée pour éviter que les élèves ne récitent
un alphabet mémorisé, c'est à dire, pour réellement tester l'automaticité de la
reconnaissance des lettres. Tout l'alphabet (tant les majuscules que les minuscules) est
présentée selon l'évidence que les compétences en lecture des élèves, dans les langues
européennes, ne progressent qu'une fois que près de 80 % de l'alphabet est connu
(Seymour et al., 2003).
40
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
Figure 8.
Fréquence d'utilisation des lettres en français et en anglais
Lettre par fréquence:
Lettre par fréquence :
Lettre par fréquence:
Lettre par fréquence:
Français
Anglais
Français
Anglais
Lettre
Fréquence
Position
Lettre
Fréquence Position
Lettre Fréquence Position
Lettre Fréquence Position
e
11,95
1
e
11,16%
1
q
0,53
21
q
0,20%
26
r
8,64
2
r
7,58%
3
è
0,40
22
a
8,42
3
a
8,50%
2
x
0,33
23
x
0,29%
23
i
8,19
4
i
7,54%
4
z
0,32
24
z
0,27%
24
s
7,78
5
s
5,74%
8
y
0,30
25
y
1,78%
19
t
7,52
6
t
6,95%
6
j
0,21
26
j
0,20%
25
n
7,43
7
n
6,65%
7
â
0,14
27
o
5,66
8
o
7,16%
5
ê
0,13
28
u
4,39
9
u
3,63%
11
ç
0,09
29
l
4,29
10
l
5,49%
9
î
0,08
30
é
3,88
11
k
0,07
31
k
1,10%
21
c
3,88
12
c
4,54%
10
û
0,05
32
p
2,87
13
p
3,17%
13
ô
0,04
33
m
2,83
14
m
3,01%
14
ï
0,02
34
d
2,22
15
d
3,38%
12
w
0,02
35
w
1,29%
20
g
1,75
16
g
2,47%
16
ë
0,00
36
b
1,54
17
b
2,07%
17
à
0,00
f
1,41
18
f
1,81%
18
ù
0,00
v
1,36
19
v
1,01%
22
ü
0,00
h
1,25
20
h
3,00%
15
En grisé, les lettres qui ont au moins 3 différences de position entre le français et l’anglais.
Source pour le français : MANULEX
Source pour l’anglais: AskOxford.com. (n.d.) Ask the experts: Frequently asked questions,
juillet 2008
La fréquence des lettres dépend du texte analysé (un rapport sur les rayons x ou sur les
xylophones contiendra donc une fréquence beaucoup plus élevée de la lettre x qu'un texte
moyen). Il est à noter que les données pour le français présentées dans la Figure 8 (voir
aussi l’Annexe D1) correspondent à des fréquences relevées dans les manuels utilisés
dans le primaire (MANULEX : Lété, Sprenger-Charolles et Colé, 2004).64
Les concepteurs des tests qui créent des instruments dans les langues locales doivent
analyser les textes électroniques afin de développer des tableaux similaires de fréquence
des lettres. Pour créer un tableau de fréquence des lettres, prenez un document Microsoft
Word largement représentatif et utilisez la fonction « Trouver » (sous la barre d'outils
d'édition). Saisissez la lettre « a » dans le cadre « Trouver quoi » et cochez la case
64 Les fréquences pour des langues pour lesquelles il n’y a pas de données fiables peuvent être consultées sur
Wikipedia sur http://en.wikipedia.org/wiki/Letter frequencies#Relative frequencies of letters in other languages
(accédé le 10 février 2009).
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
41
« Surlignez tous les articles trouvés » dans le document principal. Cliquez sur « Trouver
tous » et Microsoft Word surlignera chaque lettre « a » apparaissant dans le document et
rapportera le nombre de fois qu'elle apparaît (dans le cas de ce manuel, par exemple, la
lettre « a » apparaît près de 18 084 fois). Répétez le processus pour chaque lettre de
l'alphabet, en notant le nombre total de chaque lettre jusqu'à ce que vous ayez calculé le
pourcentage d'apparition de chaque lettre par rapport au nombre total de lettres dans le
document.
Les problèmes de dénomination doivent être gérés avec délicatesse dans cette tâche ainsi
que dans les autres tâches. Ici, le problème n'est pas de tester la prononciation
« correcte », où « l'exactitude » en conformité avec certaines normes que dénotent un
statut social privilégié, mais celle qui est la plus courante dans une certaine région ou
dans une forme donnée du français (ou de toute autre langue dans laquelle les tests sont
développés).
Ainsi, certains enfants qui apprennent à lire le français peuvent, en raison de pratiques
pédagogiques largement utilisées dans la francophonie, dénommer les lettres en utilisant
leur son (par exemple, dire « be » ou « le », avec un « e » muet, pour les lettres « b » et
« l », qui ont comme nom conventionnel « bé » et « èl ». C’est pour cette raison (entre
autres)65 que, comme indiqué dans la Section III (voir la partie « Connaissance des lettres
et des graphèmes, et conscience phonémique »), il est suggéré de n’évaluer que la
connaissance des graphèmes et de leur prononciation (et non celle du nom des lettres)
dans la version française d’EGRA. Cette connaissance peut être considérée comme un
premier indicateur du niveau de conscience phonémique de l’enfant.
Données pour évaluer la connaissance du nom des lettres. Les notes de l'élève pour ce
sous-test doivent être calculées comme nombre de lettres correctes par minute. Si l'enfant
a dénommé toute les lettres avant que le temps imparti ne soit écoulé, le temps
d'achèvement doit être enregistré et les calculs doivent être réalisés selon cette période de
temps. Les enquêteurs doivent noter toute lettre incorrecte en traçant une ligne en
diagonale (/), placer un crochet (]) après la dernière lettre lue et enregistrer le temps
restant au chronomètre une fois l'exercice achevé (les variables sont donc les suivantes :
le total de lettres lues, le total de lettres incorrectes, le temps restant sur le chronomètre).
Ces trois points de données sont utilisés pour calculer le total de lettres correctes par
minute (LCPM) :
LCPM = (Total de lettres lues - Total de lettres incorrectes) / ((60 - Temps restant sur le
chronomètre) / 60)
Chacun de ces points de données peut également être utilisé pour des analyses
supplémentaires. Par exemple, les informations sur le nombre total de lettres ou de mots
lus permettent une différentiation entre un élève ayant nommé 50 lettres en une minute
65 Une autre raison est que, pour lire, on doit utiliser les correspondances graphème-phonème, et donc le son des
lettres, pas leur nom: Si on utilise le nom des lettres, « décédé » peut parfaitement s'écrire « DCD » ou « dcd ».
42
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
mais n'ayant nommé que la moitié d'entre elles de manière correcte ; et un élève n'ayant
nommé que 25 lettres en une minute, mais les ayant toutes nommées de manière correcte.
Remarquez que cette tâche, ainsi que bien de nombreuses tâches suivantes, ne sont pas
chronométrée mais sa durée est limitée (c.-à-d. que la tâche est interrompue après une
période stipulée, que la tâche soit ou non achevée). La limite de temps est utile pour
rendre l'évaluation plus courte et est également moins stressante, tant pour l'enfant que
pour l'évaluateur, puisque l'enfant ne doit pas continuer à essayer d'effectuer l’ensemble
de la tâche à un rythme lent. De plus, le minutage permet d'évaluer l'automaticité.
En outre, pour chaque tâche chronométrée, ci-dessous, les enquêteurs ne devraient
enregistrer que les informations notées ci-dessus. Lorsque les enquêteurs calculent les
résultats tels que le LCPM, sur le terrain, cela perturbe le processus d'évaluation et peut
mener à des erreurs importantes.
Construction du test. Les lettres de l'alphabet devraient être placées de façon aléatoire,
10 lettres par ligne. Les lettres qui apparaissent plus fréquemment dans les mots français
(ou dans ceux de toute autre langue dans laquelle les tests sont développés) devraient
également apparaître plus souvent dans la liste de lettres et devraient être distribuées
également entre lettres majuscules et minuscules. Les pourcentages devraient servir de
guide en matière de fréquence selon laquelle les lettres devraient apparaître dans la fiche
de tâches.
Exemple de formulation de l'évaluation : Connaissance du nom des lettres
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
43
2. Connaissance du son des lettres
Savoir comment les lettres correspondent aux sons est une autre compétence essentielle
que les enfants doivent maîtriser afin de devenir des lecteurs compétents. La
correspondance lettre-son est généralement enseignée par des méthodes syllabiques, qui
au cours des dernières décennies ont soit été conseillées ou déconseillées. Ce sous-test,
tout comme l'exercice de décodage des mots inventés non familiers, est susceptible d'être
quelque peu controversé par certains groupes d'éducateurs. La connaissance du son des
lettres est une méthode d'évaluation assez courante et est utilisée dans plusieurs
évaluations des compétences fondamentales en lecture, y compris dans le test préscolaire
complet de reconnaissance phonologique et de traitement des informations imprimées
pour la maternelle (Preschool Comprehensive Test of Phonological and Print Processing
de Lonigan, Wagner, Torgesen, & Rashotte, 2002). L'évaluation couvre un ensemble de
44
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
graphèmes (avec une seule ou plusieurs lettres comme « ou », « an », « on », « in »,
« un », « che », « oi »).
Données. Comme dans l'exercice où les lettres sont nommées, les notes de l'enfant pour
ce sous-test devraient être calculées selon le nombre de son de lettres correctes par
minute.
Construction du test. La même page de lettres plastifiée utilisée dans le premier sous-test
sur la connaissance du nom des lettres devrait être utilisée pour évaluer la connaissance
du son des lettres. Pour les consonnes qui peuvent représenter plus d'un son (c.-à-d. « c »
et « g ») chaque réponse est acceptable. Pour les voyelles qui peuvent avoir en français
deux prononciations (voir les Annexes C, D2 et D3) les deux sont acceptées comme étant
correctes par exemple, les deux « a » (dans « avoir » vs « âne »), les deux « o » (dans
« dos » vs « or », les deux « eu » (dans « peu » vs « peur ») et les deux « é/è » (comme
dans « dernier » : /dErnje/). Durant la formation, les enquêteurs et les superviseurs
devront attentivement examiner les prononciations possibles de chaque lettre (voir pour
le français les Annexes C, D1 et D2).
3. Capacités d’analyse phonémique
Comme cela a été expliqué dans la Section III (« Connaissance des lettres et des
graphèmes, et conscience phonémique »), afin de lire, chacun de nous doit transformer
les lettres que nous voyons en sons, les sons en mots et les mots en signification. Une
gestion réussie de ce processus nécessite la capacité d'effectuer l'opération inverse : c'est-
à-dire de comprendre que les mots sont composés de sons individuels (les phonèmes : cf.
glossaire) qu’il faut, d'une part, pouvoir segmenter (reconnaître qu’il y a 3 sons différents
dans le mot « bol » et pouvoir identifier ces trois sons) et, d'autre part, pouvoir
discriminer (comprendre que le mot « bol » ne se différencie du mot « vol », que par un
seul phonème, et donc être capable de discriminer « b » de « v »).
Jusqu'ici, EGRA a effectué une évaluation préliminaire de la conscience phonémique de
deux manières différentes : en utilisant la segmentation des phonèmes et l'identification
de l'attaque et la rime (les premiers et derniers sons)66. Chacune des méthodes, décrites ci-
dessous, est courante dans les tests de compétences fondamentales en lecture, y compris :
Test de conscience phonologique (TOPA)
Test détaillé du traitement phonologique (CTOPP)
66 Toutefois, comme indiqué dans la section III, certaines études signalent que c’est la conscience phonémique qui a un rôle
déterminant au début de l’apprentissage de la lecture dans les écritures alphabétiques, et non la conscience d’unités plus larges
telles que les attaques et les rimes et cela quelle que soit l’opacité de l’orthographe (Hulme et al., 2002 ; Caravolas et al., 2005).
En anglais toutefois la prise en compte des rimes pourrait faciliter la lecture des voyelles dans les mots monosyllabiques: par
exemple, « i » est lu d’une certaine façon dans « sight », « light », « night » et d’une autre dans « bit », « pit »…. Voir pour une
discussion des données de la littérature sur ce point la rubrique « Etudes comparatives entre enfants anglophones et
francophones » de la section III.
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
45
Jusqu'ici, la segmentation des phonèmes, lors de tests pilotes effectués au Sénégal
(français), en Gambie (anglais) et au Nicaragua (espagnol), s'est révélée difficile à
administrer et à dévoiler de grands problèmes d'effet plancher. Un exemple de test a
utilisé pendant la phase préliminaire est inclus dans ce manuel. Si des problèmes
similaires surgissent des tâches plus simples telles que l'identification des sons initiaux
devraient être effectuées. L'identification des sons initiaux a préliminairement été
effectuée en espagnol (Nicaragua) et en anglais (Guyane et Libéria).
Première méthode : Segmentation des phonèmes. Pour cette partie de l'évaluation,
l'examinateur lit à haute voix une liste de 10 mots simples, monosyllabiques,
individuellement. Les élèves doivent identifier et énoncer chaque son présent dans le mot
(puisque c'est une évaluation auditive il n'y a pas de fiche pour l'élève, seul l'examinateur
à une fiche codée).
Données. L'examinateur note le nombre de phonèmes corrects comme proportion de
l'ensemble des phonèmes que l'élève a tenté d'identifier. Cette partie de l'évaluation n'est
pas chronométrée.
Construction du test. Des mots simples à deux, trois et quatre phonèmes devraient être
sélectionnés. Les mots devraient utiliser une construction phonémique relativement
courante. Il faut minimiser le nombre de graphèmes qui correspondent à un phonème
complexe, comme « oi » en français (/wa/ dans « loi »), « j » en anglais (/dZ/ dans
« gin », ou encore ceux qui, en anglais et en espagnol, comportent des diphtongues
(comme « ey » dans « rey » en espagnol) et les et mélangez.
Exemple de formulation de l'évaluation : Conscience phonémique
46
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
Seconde méthode : Identification des sons initiaux. Une seconde méthode pour évaluer
la conscience phonémique est l'identification, par les élèves, du premier son dans une
sélection de mots courants. Les exemples suivants utilisent des 10 groupes de mots
simples et demandent aux élèves d'identifier le son initial de chaque mot. L'enquêteur lit
chaque mot à haute voix, à deux reprises, en demandant à l'élève d'identifier le son.
Données. L'examinateur note le nombre de réponses correctes. Cette partie de
l'évaluation n'est pas chronométrée.
Construction du test. Des mots simples, monosyllabiques devraient être sélectionnés à
partir des listes de mots de la première ou deuxième année primaire.
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
47
Exemple de formulation de l'évaluation : Identification des sons initiaux
48
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
D’autres précieuses et suggestions se trouvent dans la Section III (voir la partie
« Connaissance des lettres et des graphèmes, et conscience phonémique »). Dans la
Section 10 de l’Annexe B, un autre type d’épreuve, simple et fiable, est présenté (voir
aussi sur ce point Torgeson et Davis, 1996).
4. Lecture de mots familiers
Les capacités de décodage des enfants sont souvent évaluées en utilisant des listes de
mots isolés. Comme signalé dans la partie « Décodage et automaticité de l’identification
des mots écrits » de la Section III (voir aussi dans la même section les parties « La lecture
est acquise en phases successives » et « Incidence de la transparence de l’orthographe »)
cela permet une meilleure évaluation des compétences de lecture que la lecture de
paragraphes puisque les enfants ne peuvent pas deviner les mots sur base du contexte
environnant. Pour cette évaluation, les mots familiers doivent être de haute fréquence et
sélectionnés à partir des manuels de lecture et des livres des premières classes primaires
(première, deuxième et troisième années primaires). Il existe d'abondantes sources pour
de telles listes de mots. En anglais, le travail de Zeno, Ivenz, Millard et Duvvuri (1995)
est basé sur un corpus de 17 millions de mots anglais (environ 160 000 mots différents).
En français, le corpus de la base de données informatisée MANULEX (Lété, Sprenger-
Charolles et Colé, 2004) comporte 2 millions de mots français (environ, 50 000 mots
différents).
Données. L'enquêteur note le nombre de mots corrects par minute. Si l'enfant a lu tous les
mots avant que le temps imparti ne soit écoulé, le temps d'achèvement doit être enregistré
et les calculs devraient être effectués sur la base de cette période de temps. Les mots
corrects par minute doivent être notés et calculés. Les trois mêmes variables recueillies
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
49
pour l'exercice sur le nom des lettres, doivent être recueillies pour cet exercice et pour les
autres exercices chronométrés, à savoir : le total des mots lus, le total des mots incorrects,
le temps restant sur le chronomètre. Consultez, ci-dessus, les explications sur les calculs.
Construction du test. La liste des mots, si elle n'est pas disponible dans votre pays, peut
être consultée en ligne (par exemple, http://www.english-zone.com/reading/dolch.html ).
La liste Dolch de mots anglais comprend 220 des mots les plus fréquemment utilisés dans
les livres d'enfants aux Etats-Unis (Dolch, 1948). Ces items également appelés mots
« appris par cœur » ou encore « mots reconnus globalement » (les mots que les enfants de
l'école primaire devraient reconnaître, étant donné qu’ils ne peuvent pas être lus en
utilisant les correspondances graphème-phonème). Ces listes de mots comprennent
généralement des mots mono- ou bisyllabiques (Moats, 2000).
Une annexe contenant les 1000 mots les plus fréquents issus de MANULEX (quel que
soit le niveau de régularité des correspondances graphème-phonème) est accessible sur le
(cf. l’Annexe C pour une présentation rapide du contenu de ce document ; voir aussi pour
un test en français de la Section 3 de l’Annexe B).
Les mots doivent être arrangés horizontalement avec une séparation adéquate et des
caractères clairs et familiers (en minuscules) en 10 lignes, avec 5 mots par ligne. La
police de caractères utilisée doit être similaire, en taille et en style, à celle utilisée dans les
manuels scolaires de lecture officiels ou, s'il n'y a pas de manuel officiel, à celle utilisée
dans les livres qui sont généralement les plus achetés.
Exemple de formulation de l'évaluation : Lecture de mots familiers
50
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
51
5. Lecture de mots inventés
Comme souligné dans la partie « Décodage et automaticité de l’identification des mots
écrits » de la Section III (voir aussi dans la même section les parties « La lecture est
acquise en phases successives » et « Incidence de la transparence de l’orthographe », la
lecture des pseudomots est une évaluation de l'aptitude de décodage conçue pour éviter le
problème de reconnaissance globale des mots appris « par cœur ». De nombreux enfants
des premières années primaires apprennent à mémoriser ou à reconnaître globalement un
vaste un vaste ensemble de mots. La disparition de cette stratégie de lecture (appelée
stratégie logographique) au environ de l'âge de 10 ans est associée à « la baisse soudaine
de performance en 4e année primaire » aux États-Unis (Hirsch, 2003). Pour devenir des
lecteurs compétents, les enfants doivent combiner tant les compétences de décodage que
les compétences de reconnaissance globale. Les tests qui ne comprennent pas d'exercices
de décodage peuvent surestimer l'aptitude des enfants à lire des mots non-familiers
(puisque les mots testés peuvent faire partie du vocabulaire appris « par cœur »).
Toutefois, comme indiqué dans la section III, et comme largement souligné par Share
dans une publication récente (2008), les résultats à l’appuie de ces conclusions viennent
d’études qui ont porté sur des enfants ayant appris à lire en anglais, langue qui a une
orthographe peu transparente. En fait, les stratégies logographiques ne seraient que peu
utilisées par des enfants apprenant à lire dans une langue qui a une orthographe plus
régulière que celle de l’anglais (en particulier, en français : voir la note 45 dans la Section
III).
Données. Les points de l'enfant sont calculés sur la base du nombre de mots inventés
corrects par minute. Si l'enfant a lu tous les mots avant que le temps imparti ne soit
écoulé, le temps d'achèvement doit être noté et les calculs doivent être réalisés sur la base
de cette période de temps. Les trois variables recueillies, pour les exercices sur le nom
des lettres et la lecture des mots doivent être recueillies pour cet exercice et pour les
autres exercices chronométrés, à savoir : le total des mots inventés lus, le total des mots
inventés incorrects, le temps restant sur le chronomètre. Consultez, ci-dessus, les
explications sur les calculs.
Construction du test. Cette portion de l'évaluation doit inclure une liste de 50
pseudomots mono- ou bisyllabiques, cinq par ligne, avec les structures de lettres
suivantes (C = consonne, V = voyelle) : CV, VC, CVC. (Cela peut être adapté à la
langue.) Les formes doivent être légales dans la langue, en utilisant des lettres dans des
positions légitimes (par exemple, ne pas écrire « wuj » parce que « j » n'est pas utilisé
comme lettre finale en français et qu’il n’y a que très peu de mots commençant par « w »
en français) et les pseudomots ne doivent pas être les homophones de mots existants (pas
« kar », l'homophone de « car »). Ils doivent également avoir un niveau de difficulté
orthographique comparable à celui des mots. Un exemple de la liste de pseudomots
appariés à des mots fréquents est présenté dans la Section 4 de l’Annexe B. Les items
doivent être arrangés en ligne (cinq mots inventés par ligne), en utilisant une impression
claire et bien espacée.
52
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
Exemple de formulation de l'évaluation : Lecture de mots inventés
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
53
6. Lecture du texte et compréhension du texte lu
Comme signalé dans la Section III, on utilise le plus souvent des tâches de lecture à haute
voix pour évaluer le niveau de lecture parce que, par rapport aux résultats obtenus en
lecture silencieuse, ceux obtenus en lecture à haute voix sont plus facilement
interprétables et plus fiables (on sait ce qui a été lu), en particulier au début de
l’apprentissage de la lecture. C’est pour cela que, comme pour les tâches impliquant la
lecture de mots familiers et de mots inventés développées pour EGRA, les tests de
compréhension comportent une épreuve impliquant la lecture à haute voix.
De plus, les tests de niveau de lecture à haute voix mesurés grâce à des évaluations
chronométrées des mots corrects par minute se sont révélés avoir une forte corrélation
(0,91) avec les sous-tests de compréhension du texte lu du Stanford Achievement Test
(Fuchs et al., 2001). Une mauvaise performance avec un outil de compréhension du texte
54
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
lu suggérerait que l'élève éprouve des difficultés en matière de décodage, ou que sa
facilité de lecture ou son vocabulaire ne sont pas suffisants pour comprendre ce qu'il lit.
Ce point est développé dans la partie « Relations entre compréhension écrite et orale,
niveau de vocabulaire et de décodage » de la Section III, avec la présentation d’une étude
qui a comparé différents modes d’évaluation de la compréhension en lecture (cf. Keenan
et al., 2008).
Données. Quand le test implique la lecture à haute voix de textes, les élèves sont notés
sur le nombre de mots corrects par minute et sur le nombre de questions de
compréhension auxquelles ils ont répondu de manière acceptable. Il y a deux scores pour
les élèves : le nombre de mots corrects par minute et le pourcentage de questions
répondues correctement. Les trois variables recueillies, pour les exercices sur le nom des
lettres, la lecture des mots familiers et la lecture des mots inventés doivent être recueillies
pour cet exercice et pour les autres exercices chronométrés, à savoir : le total des mots
lus, le total des mots incorrects, le temps restant sur le chronomètre. Consultez, ci-dessus,
les explications sur les calculs. De plus, les résultats de chaque question de
compréhension doivent être recueillis et saisis dans une base de données, en plus du score
global (note finale) qui correspond au pourcentage de réponses correctes par rapport au
nombre total de questions posées. Les questions ne doivent être posées que sur le texte
que l'enfant à lu (consultez la structure des questions et le paragraphe ci-dessous).
Construction du test. Afin d'effectuer cette évaluation, les examinateurs doivent prendre
des textes narratifs d'un paragraphe dans des livres pour enfants (pas dans le manuel
scolaire). Un texte narratif doit avoir une section de départ dans laquelle les personnages
sont présentés, une section intermédiaire qui présente un problème et une section finale
qui comprend la résolution du problème. Il faut éviter d'utiliser des noms de personnages
typiques provenant du manuel scolaire parce que les élèves peuvent donner des réponses
automatiques basées sur les histoires qui leur sont familières. Les noms des personnes et
des lieux doivent refléter la culture locale et les histoires devraient avoir un personnage
principal, un début, un milieu et une fin. Les textes devraient contenir une certaine
quantité de vocabulaire complexe (des formes conjuguées, des dérivations, etc.) ainsi que
des phrases ayant une structure complexe. Un texte avec de grands caractères clairs et
familiers et un espace adéquat entre les lignes devraient être utilisés pour faciliter la
lecture de l'élève. Aucune image ne peut être incluse. Les questions de compréhension
peuvent comprendre des questions à choix multiples, basées sur les faits, ainsi qu'un
minimum d'une question nécessitant une inférence à partir du texte.
D’autres précisions et suggestions sur l’exemple suivant se trouvent dans la Section III
(voir la partie « Relations entre compréhension du texte lu et à l’audition, niveau de
vocabulaire et de décodage » de la Section III). Dans les Sections 6, 7 et 8 de l’Annexe B,
sont présentées d’autres épreuves.
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
55
Exemple de formulation de l'évaluation : Lecture du texte et compréhension du text lu
56
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
7. Compréhension à l'audition
Comme expliqué dans la Section III, la compréhension du texte lu, qui est la finalité de la
lecture, dépend à la fois du niveau de compréhension à l’audition de celui qui lit et de sa
maîtrise de mécanismes spécifiques à la lecture (les capacités d'identification des mots
écrits). Il faut donc évaluer la compréhension à l'audition séparément de la
compréhension du texte lu.
Les tests de compréhension à l'audition existent depuis un certain temps et sont tout
particulièrement utilisés comme évaluation alternative pour les enfants pauvres qui ont un
accès relativement limité à des publications (Orr & Graham, 1968). L'objectif de cette
évaluation est de constater si l'élève peut écouter un passage qui lui est lu et ensuite
correctement répondre à plusieurs questions. De mauvais résultats à un test de
compréhension à l'audition peuvent suggérer que les enfants n'ont tout simplement pas
acquis le vocabulaire de base anticipé par le matériel de lecture ou qu'ils ont éprouvent
des difficultés à traiter ce qu'ils entendent.
Données. Les élèves sont notés sur le nombre d'énoncés (les créateurs de l'instrument
devraient éviter des questions auxquelles les réponses sont « oui » ou « non ») auxquelles
ils répondent correctement.
Construction du test. Les passages devraient contenir moins de 60 mots et décrire une
activité ou un évènement qui sera familier aux enfants locaux. Les questions littérales et
inférentielles, devraient être comprises.
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
57
Formulation de l'évaluation de l'exemple : Compréhension à l'audition
58
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
D’autres précisions et suggestions se trouvent dans la Section III (voir la partie
« Relations entre compréhension du texte lu et à l’audition, niveau de vocabulaire et de
décodage » de la Section III). On trouvera aussi dans la Section 2 de l'Annexe B,
l'exemple d'un autre type d'épreuve très simple et fiable (voir aussi sur ce point Torgesen
et Davis, 1996).
8. Dictée
L'évaluation de la dictée est fréquemment utilisée par les enseignants pour tester tant la
compréhension orale que l'écriture. Comme il est mentionné ci-dessus, le processus de
lecture peut également être testé en sens inverse : l'aptitude des élèves à entendre des sons
et à correctement écrire les lettres et les mots correspondant aux sons qu'ils entendent
démontre leur acquisition du principe alphabétique. Des tests commerciaux de
spécialistes du développement offrent plusieurs ensembles d'évaluations qui fournissent
aux enseignants des instructions sur la façon de développer et de noter leurs propres
évaluations. Cette évaluation particulière est inspirée des modèles promus par
l'Educational Testing Service (2005) et le Children’s Literacy Initiative (2000) et est
soutenu par les recherches du l'Association internationale pour la lecture (Denton,
Ciancio, & Fletcher, 2006).
Données. Les élèves seront notés sur une simple échelle qui reproduit l'exactitude du son
des voyelles et consonnes, l'orthographe, l'espace et la direction du texte, l'utilisation des
majuscules et de la ponctuation. Chaque catégorie compte un total de 2 points possibles
pour l'entière justesse des réponses, 1 correspondant à une certaine justesse et 0 à aucune
justesse (consultez la rubrique sur les notes dans l'exemple de formulation de l'évaluation,
ci-dessous). Au cours de l'analyse, ces variables sont additionnées en une variable unique.
Construction du test. La phrase dictée ne devrait pas être plus longue que 10 mots et
devrait contenir un mot difficile ou irrégulier, au minimum.
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
59
Exemple de formulation de l'évaluation : Dictée
Toutefois deux caractéristiques de l’écriture du français permettent de penser qu’on
devrait observer dans cette langue de très faibles performances en écriture de phrase. En
effet, en français, d’une part, il y a une très forte asymétrie entre les relations phonème-
graphème (utilisées pour écrire) et les relations graphème-phonème (utilisées pour lire),
les premières étant beaucoup moins consistantes que les secondes et, d’autre part, une
large partie des marques de dérivation et de flexion sont muettes (cf. les Annexes D1 à
D3). Ainsi, dans la phrase utilisée pour le test en anglais et en espagnol « Tu vas aller à la
boutique acheter du riz et du sucre », le « s » et le « z » à la fin de « vas » et de « riz » ne
se prononcent pas en français, le « er » à la fin des verbes « aller » et « acheter » se
prononce « é », et le « que » à la fin de « boutique » peut s’écrire « c » (comme dans
« public »), « q » (comme dans « cinq ») ou encore « ck » (comme dans « snack »). De
plus, les mots « riz » et « sucre » ne sont écrits correctement que par respectivement 19
et 33% des enfants français de fin de première année du primaire (Pothier, & Pothier,
2002). C’est pour ces raisons, et afin de pouvoir comparer lecture et écriture, que nous
avons suggéré d’utiliser en français une épreuve d’écriture de mots isolés fréquents et
60
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
réguliers, présents dans l’épreuve de lecture et correctement orthographiés par la majorité
des enfants français de fin de première année du primaire (voir pour une suggestion la
Section 9 de l’Annexe B : cf. Pothier, & Pothier, 2002).
Autres composantes potentielles de l’instrument
Durant le développement de l'instrument, l'examen de la documentation et le processus
d'examen par les experts ont générés de nombreuses suggestions pour l'inclusion de
composantes et d'analyses supplémentaires du test. Alors que chacune de ces suggestions
était examinée, des critères de sélection ont été établis pour déterminer l'adéquation de
leur inclusion dans l'instrument. La considération principale a été l'utilité de chaque
analyse secondaire du test pour prédire le succès futur des élèves en lecture. Etant donné
qu'il existe peu de documentation dans les pays en voie de développement (et dans de
multiples langues) en matière d'application de ces mesures, RTI s'est reposé sur la
documentation existante, qui provient principalement des Etats-Unis et de l'Europe, bien
qu'une certaine quantité de documentation soit disponible pour l'Amérique latine.
La toute première de ces suggestions était l'inclusion d'un sous-test basé sur des images
telles que celle de l'échelle de vocabulaire en images Peabody (EVIP), un test disponible
auprès de Pearson Learning Group. Certaines variantes des outils de l'évaluation des
compétences fondamentales en lecture ont inclus des images afin d'identifier la
connaissance du vocabulaire ordinaire (tel que les parties du corps : main, tête, orteil,
etc.) Pour l'instant, EGRA ne comprend pas de tests d'images ou de vocabulaire en
images pour plusieurs raisons : (1) le vocabulaire est indirectement évalué à la fois par les
segments de lecture des mots et des paragraphes, (2) le développement d'images est
fréquemment confronté au problème de droits d'auteurs (par exemple, l'utilisation de
l'EVIP a été abandonnée comme option parce que les autorisations d'utilisations auraient
dû être obtenues chaque fois que l'instrument était utilisé dans un autre pays), et (3) la
difficulté de créer des images qui sont universellement considérées comme appropriées
dans toutes les cultures et tous les contextes était une considération importante. De plus,
lorsque les images sont développées et créer localement, afin d'éviter des problèmes de
droits d'auteurs ou de les rendre culturellement appropriées, il semble qu'au moins deux
problèmes surgissent. Premièrement, les images sont souvent d'une très mauvaise qualité
graphique, les rendant parfois difficiles à interpréter et à répondre à la question, même
pour un adulte expérimenté. Deuxièmement, même si l'on présume une haute qualité
graphique, le développement d'articles avec des images appropriées semble nécessiter des
compétences considérables.
Une autre solution a été proposée dans deux rapports dans lesquels ont été analysés les
résultats obtenus au Sénégal et en Gambie (voir Sprenger-Charolles, 2008). Dans ces
rapports, il était souligné qu’il était difficile d’interpréter les résultats relevés en
compréhension écrite et orale en l’absence d’un test de vocabulaire. De plus, il était
suggéré d’évaluer le vocabulaire des enfants de façon simple, c’est-à-dire en vérifiant (1)
la connaissance du nom des parties du corps (en demandant à l’enfant de montrer, par
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
61
exemple, son nez, sa bouche, ses yeux, puis son coude et son menton, qui sont des termes
moins fréquents), (2) la connaissance du nom d’objets de leur environnement scolaire (en
demandant à l’enfant de montrer, par exemple, une table, une chaise, un banc, un
fauteuil), et (3) la compréhension de certains termes spatiaux (en demandant à l’enfant de
mettre un crayon sur puis sous une feuille de papier, ainsi que devant puis derrière lui).
Ce type de test, très rapide à faire passer, a été utilisé au Niger dans une étude
administrée par Plan International (et avec plus de 500 enfants) et a donné de très bons
résultats, sans effets plancher, ni plafond. Il serait donc souhaitable d’utiliser un test de ce
type pour évaluer le vocabulaire des enfants, surtout vu l’importance du niveau de
vocabulaire pour l’apprentissage de la lecture, importance qui est mise en relief dans bon
nombre d’études (cf. National Reading Panel, 2000 ; voir aussi dans la Section III la
partie « Relations compréhension écrite et orale, niveau de vocabulaire et de décodage »).
Un exemple est présenté dans l’Annexe B (voir la section 1).
Traduction
Le consensus émergeant parmi les experts tels que ceux qui ont été convoqués à la
réunion de Washington en novembre 2006, ainsi que le point de vue de Penny Chiappe à
la session de formulation avec le Département sud-africain de l'Education, est que lorsque
les évaluateurs examinent comment utiliser EGRA dans les langues nationales, ce n'est
pas une bonne idée de simplement traduire les mots ou le passage connectés au texte à
partir d'une version française de base (ou une version dans toute autre langue) vers la
langue vernaculaire. La traduction peut, par exemple, aboutir à de très longs mots dans
une langue vernaculaire. Au lieu de cela, la recommandation est que la difficulté du
passage en langue vernaculaire soit approximativement équivalente à celle du passage de
base utilisé en français (en espagnol ou en anglais, selon le pays en question). Des mots
mono- et bisyllabiques, des phrases courtes et des histoires familières devraient être
utilisées. Pour autant que les textes de lecture aient été validés pour correspondre au
curriculum national, l'utilisation de passages provenant des textes permettra également
d'éviter des problèmes de validité ou d'adéquation du choix des passages de lecture. Une
alternative est de demander aux enseignants et aux experts en programme scolaire
connaissant les règles des langues nationales de créer un passage dont le niveau de
difficulté correspond à celui du passage en français.
Comme Chiappe l'a fait remarqué (dans un mémorandum envoyé à RTI et basé sur
l'expérience en Afrique du Sud), « A cause des différences linguistiques (orthographiques
et morphologiques) il est essentiel que les passages utilisés soient écrits indépendamment.
Une équivalence entre les passages ne peut être établie par une traduction du passage en
anglais vers les différentes langues. Cela a clairement été illustré lors du test pilote initial
du passage en zoulou. Le passage en zoulou était une traduction du passage en anglais.
Bien que l'on s'attendrait à ce que le taux de lecture à haute voix des enfants soit similaire
pour les listes de mots/mots inventés sans contexte, les élèves parlant le zoulou qui
pouvaient lire 20 à 30 mots corrects par minute dans la liste ne pouvait pas du tout lire le
62
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
passage. Une inspection plus étroite du passage en zoulou a révélée que les mots zoulous
étaient beaucoup plus longs que ceux de la liste en zoulou et que les mots utilisés dans les
passages en anglais. Ainsi, le passage en zoulou était clairement trop difficile pour les
élèves ayant un niveau de lecture de première année primaire. »67 Il est toutefois à noter
que si la longueur des mots était un critère déterminant pour l’apprentissage de la lecture,
alors enfants les finnois ne pourraient pas être les meilleurs. C’est aussi ce que suggère
une étude citée dans la section III, dans laquelle ont été comparés des enfants de 7 ans,
anglais et tchèques. Cette étude a en effet permis de voir que, alors que les deux groupes
ne différaient pas en terme de nombre de mots lus en une minute (85 à 90), les tchèques
lisaient environ 1/3 de syllabes en plus que les anglais (126 contre 89).
Toutefois, quand on veut, par exemple, comparer la lecture de mots à celle de
pseudomots, il faut bien vérifier que les items sont d’un même niveau de difficulté, en
particulier en longueur. De plus, si les concepteurs du test décident d'utiliser des mots
inventés, il est important qu'ils s'assurent qu’ils aient une structure syllabique légale dans
la langue. Par exemple, alors que les mots inventés avec une structure en consonne-
voyelle-consonne, tels que « wub » et « dod », sont « légaux » ou compatibles avec les
structures usuelles de langue anglaise, ce n’est pas le cas pour le français. En effet, dans
cette langue, les consonnes en fin de mot telles que « b » et « d » ne se prononcent en
général pas (voir les Annexes C et D3).
67 Français : « Jean avait un petit chien. Le petit chien était gros. Un jour, Jean et le petit chien sont sortis pour
jouer. Le petit chien s'est perdu. Mais après un moment le petit chien est revenu. Jean emmena le chien à la maison.
Une fois arrivés à la maison, Jean donna un gros os au chien. Le petit chien était content aussi il dormit. Jean
s'endormit aussi. » Zoulou : « USipho wayenenja encane. Inja yakhe yayikhuluphele. Ngolunye usuku uSipho
wayehamba nenja yakhe ukuyodlala. Inja yalahleka. Emva kwesikhathi inja yabuya. USipho waphindela ekhaya
nenja yakhe. Emva kokufika ekhaya, uSipho wapha inja ekhaya ukudla okuningi. Inja yajabula kakhulu yaze
yagcina ilele. NoSipho ngokunjalo wagcina elele. »
Section IV : Adaptation d'EGRA et atelier de recherche
63
V.
Formation des enquêteurs d'EGRA et travail de
terrain
Comme il est noté dans l'introduction du la Section IV, une semaine de formation est
vivement recommandée pour les enquêteurs qui vont piloter l'instrument. Cette section
est destinée aux formateurs qui vont diriger la formation et contrôler le travail de terrain.
Il est estimé que plusieurs de ces formateurs servent également sur le terrain à titre de
superviseurs des enquêteurs.
Idéalement, tous les participants à la formation pour les enquêteurs devraient également
avoir assisté à l'atelier d'adaptation et de recherche décrit dans la Section IV, bien que s'il
s'avère nécessaire, l'équipe d'EGRA pourrait, à ce stade, faire appel à des enquêteurs ou à
des administrateurs de test supplémentaires pour compléter les équipes du personnel
ministériel et de superviseurs (consultez l'explication sur les qualifications des enquêteurs
dans la Section IV).
Cette section donne un survol du travail de terrain d'EGRA et du processus initial de
pilotage, y compris des leçons apprises lors des multiples tests pilotes effectués sur les
instruments EGRA. Cependant, ce n'est pas un manuel complet pour le superviseur. Le
manuel d'évaluation présuppose qu'un tel manuel d'instructions sera développé par le
support technique ou les équipes nationales s'il est déterminé qu'il est nécessaire. Pour un
exemple de référence sur une version du manuel des superviseurs des travaux de terrain
pour l’instrument développé en français pour le Mali (voir l’Annexe G pour un lien direct
vers le document incorporé).
Le débat de cette section se concentre sur ces sujets :
Pilotage de l'instrument
Test de fiabilité inter-observateur
Arrivée à l'école
Sélection des élèves et réalisation de l'évaluation
Enseignement des leçons pour le travail de terrain
Pilotage de l'instrument
Comme il est décrit dans la Section IV, une équipe du ministère examinera chaque
composante de l'instrument et la recherche sous-jacente lors de l'atelier d'adaptation et de
recherche.
A cette formation complémentaire, les participants pratiquent l'administration de
l'instrument et de tests pilotes de ce dernier dans plusieurs écoles (approximativement
trois à six écoles, selon le nombre d'enquêteurs). Suite à la formation, une application à
grande échelle est effectuée dans les écoles sélectionnées comme exemple (consultez
l'Annexe E pour des informations sur l'échantillonnage). Les instructions de cette section
sur les évaluations dans les écoles s'appliquent tant au test pilote qu'à l'application à
64
Section V : Formation des enquêteurs d'EGRA et travail de terrain
grande échelle. Un exemple de programme pour cette étape de la formation d'EGRA est
fourni dans la Figure 9.
Figure 9.
Exemple de programme : formation des enquêteurs et travail de
terrain préliminaire
Lundi
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi
Examen des
Formation
Tests pilotes
Impression
Préparation
principes sous-
sur
dans 3 à 6
de la version
et
jacents
l'utilisation
écoles
finale de
emballage
de
(déterminées
l'instrument
du matériel
l'application
selon le
Examen de
l'instrument
et mise en
nombre
Formation
Finalisation
provisoire
pratique
d'équipes en
sur
et examen
cours de
l'utilisation
de la
Examen des
formation)
de
logistique
Formation sur
rôles et des
l'application
l'utilisation de
l'application et
responsabilit
Saisie des
et mise en
mise en
és des
données
pratique
pratique
superviseurs
et des
Analyse des
Réalisation
enquêteurs
résultats et
des tests sur
modifications
la fiabilité
de l'instrument
inter-
observateur
Les objectifs de la formation comprennent :
Examen des principes sous-jacents d'EGRA afin de mieux comprendre le
raisonnement derrière les composantes de l'instrument.
Solidification de la pratique d'application et de formation, des rôles et
responsabilités des superviseurs (le développement du manuel du superviseur
mentionné ci-dessus serait utile dans ce cas).
Test pilote de l'instrument, dans trois à six écoles, par des enquêteurs
sélectionnées (comme exercice de formation).
Continuation de la formation des enquêteurs pour l'administration et la notation
d'EGRA.
Finalisation de l'instrument et achèvement des préparations logistiques
(impression, etc.).
Annonce de la sélection aux écoles choisies comme exemple, du but de leur
évaluation et des besoins logistiques (par exemple, une pièce séparée et calme
pour l'administration de l'instrument)
Durant l'atelier, les participants auront besoin de :
exemplaires complets des instruments provisoires pour l'enquêteur et l'élève
chronomètres ou minuteurs (si possible, trouvez un minuteur de cuisine qui
décompte à partir d'une minute)
Section V : Formation des enquêteurs d'EGRA et travail de terrain
65

 

 

 

 

 

 

 

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